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Le non-dit des PAC | La Charte du Var | En Provence Verte
 
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LE NON DIT DES POLITIQUES AGRICOLES COMMUNES
 (Lettre des Maires Ruraux septembre/octobre 2007)
 
Fleuron de la construction européenne et seule politique européenne digne de ce nom, la PAC ne compte plus aujourd’hui que des adversaires. Disparus, les défenseurs du traité constitutionnel qui nous expliquaient, il n’y a pas si longtemps, que la PAC avait sauvé l’agriculture française.
« Je veux une nouvelle PAC…La PAC doit être établie selon un principe indiscutable de préférence communautaire, qui recouvre des objectifs rénovés, des outils et un budget ambitieux », vient de déclarer à Rennes, ce 11 septembre 2007, Nicolas Sarkozy.
 
Le Ministre de l’Agriculture, Michel Barnier n’est pas en reste :
« En 2003, lorsque j’étais commissaire européen, on nous expliquait qu’il fallait réduire les productions et diminuer les prix. C’est le contraire aujourd’hui. Alors oui, il y a matière à faire un bilan de santé de la PAC. » (Le Monde 05.09.07)
Visiblement, Michel Barnier découvre qu’on lui avait caché des choses, durant la quinzaine d’années où il fut ministre et Commissaire européen. Il est vrai que la curiosité nuit à la carrière.
 Le bilan de la PAC
 A sa création en 1962, la PAC avait cinq objectifs :
sécuriser les approvisionnements de l’Europe,
accroître la productivité de son agriculture par la diffusion du progrès technique,
stabiliser les marchés,
assurer des prix raisonnables aux consommateurs
et assurer un niveau de vie équitable aux agriculteurs.
 
Certains ont été totalement atteints, d’autres plus ou moins, tous au prix fort.
La productivité de l’agriculture française a été multipliée par six… au prix de la disparition des exploitations et des agriculteurs.
1,6 million en 1970, les exploitations sont aujourd’hui moins de 600.000, dont 370.000 « professionnelles » occupant 850.000 personnes, effectif qui diminue au rythme de 3% l’an. Ces exploitations se sont concentrées, fortement spécialisées. Un tiers a déjà pris la forme de société. L’industrie agricole remplace progressivement l’agriculture.
Entre 1980 et 2001, le revenu agricole par actif a progressé de 68% en termes réels mais avec de fortes variations selon les périodes. Il a stagné durant les années quatre-vingts, bondit en 1989 et 1990, progressé de 25% jusqu’en 2001, régressé, jusqu’à 2005, avant d’augmenter de 17% en 2006 (sauf dans la viticulture). Cette progression n’est pas due aux prix mais exclusivement à la diminution du nombre des actifs. Les résultats sont par ailleurs variables selon les moments, les départements, les types de productions et la taille des exploitations. On est loin de la stabilité du revenu.
Au total, 40% des agriculteurs français ont un revenu inférieur au SMIC.
 Si les approvisionnements alimentaires de l’Europe sont assurés, elle importe plus qu’elle n’exporte : 67,3 milliards d’euros d’importations pour 59 milliards d’euros d’exportations (UE-25 en 2006).
Le choix du mode d’élevage et d’alimentation dominant des animaux (volaille, porc, bovin) nécessite l’importation massive de protéines (soja notamment).
La production ovine, quant à elle, victime de la concurrence extérieure, n’a pu se développer.
 
Mince bénéfice pour le consommateur aussi. En trente ans, si les prix agricoles, corrigés de l’inflation, ont diminué de 58%, ceux à la consommation ont baissé de 14% seulement. Depuis une dizaine d’années, à l’inverse des prix agricoles, ils progressent plus vite que l’inflation.
 Comment en est-on arrivé là ou comment changer de politique sans le dire?
 En 1962, la politique européenne reposait sur trois principes : la libre circulation des produits agricoles au sein de l’espace communautaire, la protection aux frontières et la solidarité financière, à travers des fonds d’interventions.
Le problème, c’est que l’emballement du modèle productiviste, adopté unanimement, va rapidement rendre trop étroit le marché intérieur.
L’agriculture de l’Europe se développe si bien, qu’elle devient la seconde puissance exportatrice derrière les États-unis et la France son premier exportateur.
Trois leviers sont utilisés : des taxes à l’importation, des soutiens à l’exportation et le retrait des surplus. Ils pourront être réintroduits en cas de besoin, ou bradés sur les marchés extérieurs.
Évidemment, les concurrents étrangers (États-unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Argentine…) renâclent, avec pour eux la bonne conscience libre échangiste qui domine les esprits depuis 1947.
 Ils n’auront de cesse, dans le cadre du GATT d’abord, puis de l’O.M.C., de réclamer le démantèlement de la PAC.
La bureaucratie libérale bruxelloise, confortée par l’arrivée de l’Angleterre, du Danemark et de l’Irlande ne manifestera aucune opposition de principe, se limitant à la défense d’intérêts catégoriels et à des opérations de retardement.
En 1995, l’accord de Marrakech entérine la libéralisation partielle de l’agriculture, avec de nombreuses exceptions selon les produits et les pays.
Les eurocrates sont désormais pris en tenaille entre la nécessité de faire disparaître progressivement des aides à la production qui « faussent » le marché et l’obligation, sous peine de jacqueries, de maintenir le revenu agricole.
Deux innovations rendent gérable la contradiction : la réduction de la production par la jachère et l’institution de quotas, le découplage du volume des aides de celui de la production.
A côté des « mauvaises aides » antilibérales, vont apparaître les aides vertueuses
« agri-environnementales » et les garanties de revenus sans considération de production.
En 2006, elles représentaient 55% du soutien aux agriculteurs français. L’équivalent pour les agriculteurs du traitement social du chômage, avec l’onction écologique !.
 
Il apparaîtra vite que si l’Europe manifeste le zèle du bon élève de la classe libre échangiste en réduisant les aides à ses agriculteurs, les États-unis, par le biais de prêts et de concours exceptionnels, vont les multiplier par six et doper leurs exportations.
Depuis les discussions piétinent à Doha, au grand désespoir du président de l’O.M.C., le socialiste libéralo-compatible, Pascal Lamy, ex-commissaire européen.
 
Bien que 10% seulement de la production agricole du globe s’échangent sur le marché mondial, ce sont ces prix qui servent désormais de référence. Vu leur niveau, garantir un revenu minimum aux agriculteurs suppose des aides substantielles. Or, celles qui existent sont contestées par des pays membres comme l’Angleterre, l’élargissement à l’Est a augmenté le nombre de bénéficiaires et personne ne veut voir progresser significativement le budget européen !
 
Mais voilà qu’arrive la bonne nouvelle (sauf pour les consommateurs) : dopés par une forte demande mondiale, les prix agricoles s’envolent. Pour la première fois, les prix européens sont inférieurs à ceux du marché mondial. La solution est donc toute trouvée.
 « Je veux que nos agriculteurs puissent vivre des prix de leurs produits », déclare donc Nicolas Sarkozy à Rennes.
Certes, mais comment y parvenir sans revenir sur le modèle productiviste et le dogme de la mondialisation heureuse? D’autant qu’il ne remet pas en cause la poursuite des négociations au sein de l’O.M.C.. Elles doivent seulement « repartir sur des bases saines et des objectifs clarifiés ».Et puis, l’embellie durera-t-elle, la caractéristique des prix agricoles étant jusque là l’instabilité ?
Si, tablant sans aucune garantie sur la pérennité des prix mondiaux actuels, la « nouvelle PAC » devait se résumer à la suppression des aides communautaires, elle ne serait qu’un marché de dupe, un de plus.
 
Il faudra bien un jour choisir entre une politique agricole pour l’Europe et une politique de mondialisation de l’agroalimentaire européen.

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